Autonomie alimentaire #1 – La surface

Le sujet de l’Autonomie Alimentaire revient de plus en plus souvent dans les conversations & sur les réseaux sociaux. Ce sujet soulève de nombreuses questions. Comment s’y prendre pour devenir autonome au niveau alimentation ? Doit-on faire comme nos grands-parents, voire arrières grands-parents, à la campagne ? Est-ce possible en ville ? Et la question très souvent posée : « De quelle surface avons-nous besoin pour être autonome ? »

« 5000 m², pour une famille à tendance végétarienne avec deux enfants », nous dit Pierre Rabhi . Certes, mais que produit-on sur une telle surface ?
De son côté, Joseph Chauffrey dit, avoir produit 491 kg de nourriture sur 150 m². Mais de quoi parle-t-on ?
Le premier parle de tendance végétarienne. Les fromages & les céréales sont-elles comprises ? Le second produit comme il le dit dans son livre & ses vidéos, principalement des légumes, et de plus en plus de fruits avec le temps.

Bref, il est indispensable de se poser les questions de nos objectifs & de notre alimentation, la composition de notre cellule familiale, de la qualité de notre sol bien sûr, mais aussi des influences subit par le lieu.
Les informations à collecter sont donc vastes. Aussi, dans cet article, je vais me focaliser sur l’influence du régime alimentaire & la précision de notre objectif, celles-ci étant les réponses initiales à recueillir.

Pourquoi voulez-vous produire vous-même votre alimentation ?

Faire le choix de l’autonomie alimentaire implique en premier lieu de clarifier ses objectifs. Je vous propose une liste non-exhaustive d’objectifs :

  • S’assurer que les aliments sont sains,
  • Retrouver le goût d’antan,
  • S’assurer du contenu nutritionnel,
  • Avoir le plaisir de manger ce que l’on produit,
  • Avoir des aliments frais à disposition,
  • Ne pas avoir besoin de faire les courses,
  • Faire des économies car la vie devient de plus en plus chère !
  • S’offrir des aliments trop chers en magasin,
  • Pouvoir manger des Fruits & Légumes que l’on aime, indisponibles en magasin
  • Être autonome l’été, ou même toute l’année, à 50, à 80 à 100 %
  • Être autonome en Fruits & Légumes, herbes aromatiques & médicinales, en céréales, en œufs, en miel, en fromages (en lait), en viande & lesquelles ?
  • Limiter nos besoins financiers,
  • Limiter le temps de travail à l’extérieur.

Les risques sont :

  • Perdre du temps pour une production inutile, ou peu rentable,
  • Faire pousser des Fruits & Légumes qui ne seront pas appréciés,
  • D’avoir un travail au jardin qui nous prend beaucoup trop de temps,
  • De ne pouvoir faire pousser certains aliments,
  • Avoir un temps de travail trop important,
  • Ne pas produire assez pour passer l’hiver,
  • Manquer de place pour des aliments que vous apprécier beaucoup
  • Ou même, devoir déménager car la surface & le lieu ne correspondent pas.

De quoi parle-t-on ?

Lorsque l’on est en recherche de terrain, ou que nous l’ayons déjà, c’est l’une des premières questions que l’on se pose. Quelle surface ? Pourtant, comme je vous le dis plus haut, pour y répondre, de nombreux données sont indispensables à connaître au préalable. D’une part, nous savons que produire de la viande nécessite des surfaces & des ressources plus importantes pour la produire, que pour le végétal. Que vous aimiez le poulet & le bœuf, ou le cochon, les surfaces nécessaires vont être très différentes. Que vous aimiez tel ou tel fruits, leur production vont nécessiter des arbres de dimensions différentes. Que vous ne puissiez pas vous passer de banane, d’avocat, de citron va demander des moyens différents de production. Que vous préfériez les pommes, aux myrtilles ou inversement, ou que les kakis doivent être aux menus ou pas. Les surfaces nécessaires seront très différentes.

Et pour finir les céréales nécessitent beaucoup de travail et de surface pour être produites. Envisagez-vous de produire vous-même votre blé, riz, maïs ou préférez-vous pour des questions de santé & de facilité, apprendre à vous en passer pour préférer les légumes racines, comme les carottes, les navets ou les pommes de terre. Voudrez-vous produire vos fromages donc votre lait ?

Tout cela démontre que la réponse dépend de notre façon de nous alimenter, de nos choix alimentaires & des solutions alternatives que nous envisageons de mettre en place.

La surface nécessaire

De plus en plus, en démarrant un potager, il devient évident que l’autonomie alimentaire ne s’acquière pas d’une année à l’autre, comme l’on peut le devenir au niveau énergétique en installant des panneaux photovoltaïque et une éolienne.

Cependant, les surfaces à prévoir doivent, de préférence, être prévues dès le début. Même si un terrain attenant peut toutefois venir compléter, les surfaces disponibles.

Les surfaces nécessaires pour les animaux

  • 1 vache – un hectare de prairie bien grasse – 100 litres d’eau (laitière)
  • 1 cheval – un hectare de prairie bien grasse
  • 10 brebis & leurs agneaux – un hectare de prairie – 4m² d’étable
  • 1 cochon – 100 m² en rotation avec les patates – certaines races rustiques restent dehors toute l’année (pareil pour les autres animaux domestiques)
  • 1 poule – 10 à 20 m² suivant la race et vos stratégies (permettre le renouvellement végétal des parcours) – (prévoir aussi : 60g blé, 50g maïs concassé, 10g pois secs, lupins, concassés ou tournesol/colza, 20g ortie poudre/ poule/ jour)

Ces chiffres sont des moyennes, des indications, ils ne tiennent pas compte de l’altitude, du fait que certains animaux peuvent aussi manger une proportion de feuilles d’arbres comme le frêne ou le saule. Très intéressant en été comme en hiver. Ils ne tiennent pas compte des autres productions sauf pour les poules.

Quand on parle des surfaces nécessaires pour chaque animal, il est indispensable d’avoir plusieurs animaux ensemble. Plusieurs animaux d’une même espèce de préférence. Mais pour les plus gros, vous pouvez associer les espèces ensemble. Par exemple : vache, âne, cochons, chèvres & poules.

Autant il est facile d’imaginer la pérennité de notre élevage pour nous même quand il s’agit de poules ou de lapins. Autant, l’autonomie alimentaire ne peut s’envisager de façon indépendante des autres en ce qui concerne les vaches, chevaux ou cochons.

Les surfaces nécessaires pour les végétaux

Établir une surface de culture va être encore plus complexe, tant les variables sont grandes. Elles vont beaucoup dépendre de votre expérience en tant que concepteur, designeur de votre potager ou même jardin-forêt, que de vos stratégies de culture, mais aussi de votre expérience de jardinier. Les expériences de Joseph Chauffrey ou de Denis Berger en sont une belle illustration. 150m² de jardin pour deux chez Joseph, 300m² pour quatre chez Denis. Ces chiffres tiennent compte des surfaces non cultivées comme les allées, le tas de bois, la mare, … Par compte, l’un cultive en ligne en utilisant beaucoup la hauteur et les surfaces verticales, l’autre privilégie toutes sortes d’associations sur ces planches de culture.

Les chiffres sont donnés pour 4 personnes : 2 adultes & 2 enfants – un ado est considéré comme un adulte en terme de nourriture, avec un régime omnivore. Il est bien entendu que les personnes végétariennes vont doubler, voire tripler, leur besoins en surface de potager.

  • Un potager de 150 m² est un bon repère, allées comprises.
  • plus 40 m² de pommes de terre allées non comprises
  • Maïs (doux, pop corn, grain) 9 t/ha* soit 9 kg/m²
  • Blé (petit épeautre, korazan, kamut, rouge de Bordeaux & autres semences anciennes) 7 t/ha* soit 7 kg/m²
  • Riz (rond, long, thaï, …), 0,5 t/ha* en culture de rizière. Soit 0,5 kg/m² d’autres techniques avec beaucoup moins d’eau existent.
  • Tournesol 0,2 t/ha soit 200g/m²
  • Colza 36 t/ha soit 36 kg/m²
  • Olivier 15 à 50 kg olives par arbre, soit 2,5 à 10 litres d’huile, soit 20% environ. peut supporter -10°C voire -25°C pour certains cultivars, mais une gelée (-1°C) sur les fleurs peut anéantir la production de l’année.
  • Amandier 6 m de diamètre pour 20 kg (après 12 ans) soit 10 litres d’huile beaucoup de soleil, pas de gel.
  • Noisetier 3 m de diamètre 2t/ha, soit 2 kg/m², donc environ 60 kg de noisettes par arbre, avec un rendement 55% d’huile, soit 33 l, pousse facilement en haie.
  • Noyer 15 kg de noix sèches par arbre mature (10 ans), 63% rendement huile soit 9,5 l.
  • Pour nos besoins en sucre il existe de très nombreux arbres & arbustes fruitiers, au-delà des pommiers, poiriers, abricotiers, cerisiers, cassissiers, myrtilliers, … Pour cela je vous invite à étudier la littérature permacole sur le sujet des forêts comestibles.
  • Installer des ruches dans le jardin est possible s’il y a de nombreux arbres mellifères (sauvages souvent) autour, les arbres fruitiers et d’ornement le sont assez peu. Avec les enfants mettre un filet de protection autour à 2 mètres au moins.
  • Pour les salades, fruits, fleurs, intégrer les Plantes Sauvages Comestibles est un grand apport de saveurs intéressantes.

* tonnes/hectare

Tous ces chiffres sont des repères. Ils dépendent énormément des conditions de culture, celles qui ne sont pas dépendantes de vous, comme l’altitude et les conditions climatiques, mais aussi celles qui dépendent de vous comme la fertilité de votre sol, votre expérience dans la culture de chaque espèce, du design de votre jardin & de l’âge de l’arbre. De plus les chiffres de références sont ceux de l’agriculture, des professionnels expérimentés & outillés. On peut faire mieux sans les grosses machines agricoles & avec l’expérience, mais pour ça compter une bonne dizaine d’années au moins. Par contre, la main d’œuvre augmente le facteur temps surtout pour des cultures comme le blé.

En Permaculture, nous allons aussi privilégier l’étagement & les associations des cultures, ce qui va modifier les rendements par plantes, mais la multiplication du nombre de plantes par unité de surface, va multiplier la production globale. Bien choisie, les associations de cultures sont bénéfiques. Par contre, certaines plantes comme les amandiers ont besoin de tout le soleil sans ombrage. D’autres comme les noisetiers ont besoin d’être au moins deux pour produire. Le design (la conception) est donc très important.

Pour aller plus loin

Voici deux personnes qui m’ont beaucoup aidé à établir des critères d’aide à la définition de la surface qui nous sera nécessaire, suivant notre régime alimentaire : Pierre Rabhi, Agro-écologue Philosophe & John Jeavons, Permaculteur américain.
Le second presque inconnu en France sauf de quelques permaculteurs a écrit la Micro-agriculture bio-intensive, stratégie souvent utilisée en Permaculture, permettant de diminuer considérablement les surfaces en les optimisant au maximum.

Comment s’y prendre ?

Les youtubeurs expérimentés

Il existe de nombreux exemples de personnes qui expérimentent l’autonomie alimentaire au quotidien dont les plus connus, ayant une chaîne youtube, sont Damien Dekarz, Denis Loessence ou encore le jovial Brian de l’Archipelle et bien d’autres qui peuvent vous y aider, dont Ma ferme autonome.

Les livres sur le sujet

Des livres appliquant la Permaculture au Jardin traitent désormais du sujet.

  • La Permaculture au jardin mois par mois de Damien Dekarz aux Éditions de Terran.
  • Mon petit jardin en permaculture de Joseph Chauffrey chez Terre Vivante.
  • Le jardin de Gaïa de Toby Hemenway aux Éditions Imagine un Colibri
  • La Permaculture en pratique de Jessi Bloom & David Boehnlein des Éditions Ulmer

J’ai moi-même commencé avec un livre passe-partout pas spécialement adapté à la Permaculture qui mélange souvent une multitude de plantes, au-delà des associations de plantes potagères annuelles bien connues des jardiniers bio. Il reste une référence et un livre pratico-pratique intéressant.

  • Le guide du jardinage bio de Jean Paul Thorez chez Terre Vivante.

Par quoi commencer ?

  • Observer & lister les végétaux & produits animaux que vous aimez manger.
  • Estimer la quantité mangée en une année.
  • Rechercher des alternatives qui vous plaisent, les mangues impossible à faire pousser en climat tempéré peuvent être remplacées par l’asimine. Dans les livres proposés vous trouverez bien d’autres suggestions.
  • Avec ces premiers chiffres vous pourrez établir une première estimation
  • Rechercher les producteurs bio, ils sont moins dépendants de l’agro-industrie mondialisée, autour de chez vous, pour éviter de tout produire.
  • Inviter vos voisins & faites-leur découvrir votre bière maison, les plantes sauvages comestibles, etc… bref créer des liens bénéfiques autour de vous.

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